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Au Burkina Faso, une « école de maris » enseigne que pour être un homme, il faut respecter les femmes

4 octobre 2019
Cette école enseigne aux maris et futurs maris à changer de comportement pour aider leur femme à s’émanciper. Sur cette photo, on voit les hommes de l’école s’entraîner aux tâches ménagères pour alléger la charge qui incombe habituellement à leur femme. © UNFPA/Ollivier Girard

MAMBOUE, Burkina Faso – Waimbabie Gnoumou apprend à être un meilleur mari, explique sa femme Martine. Il se rend dans une école particulière qui enseigne précisément cela aux hommes. L’école de maris et futurs maris de Mamboué, un village de l’ouest du Burkina Faso, déconstruit les stéréotypes de genre et montre aux hommes le rôle qu’ils ont à jouer dans l’élimination de la violence et l’émancipation de leurs femmes et de leurs filles.

« Depuis qu’il a commencé à aller dans cette école, notre relation s’est beaucoup améliorée », déclare Martine. 

Les écoles de maris ne sont pas un phénomène nouveau. Depuis la première structure de ce type en 2008, l’UNFPA les a toujours soutenues. Dans le cadre de ces programmes, des animatrices et animateurs locaux apprennent aux hommes de leur communauté quels sont les besoins de santé et les droits des femmes et des filles. Les cours sont adaptés à la culture et aux coutumes locales.

Les cours sont très diversifiés et couvrent aussi bien l’importance de l’éducation des filles que la nécessité pour les femmes enceintes de recevoir des soins prénatals, ou que le droit des femmes ou des filles à ne pas subir de violences. L’objectif est cependant simple : aider les hommes à mieux comprendre les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes qui partagent leur foyer ou qui sont membres de leur communauté.

Aider les communautés qui en ont le plus besoin

Ces cours sont absolument essentiels dans la région du Sahel, en Afrique, qui affiche certains des plus forts taux de décès maternels évitables dans le monde et certains des indicateurs les plus bas en matière d’émancipation des filles.

Au Burkina Faso, 52 % des filles sont mariées avant leurs 18 ans. Elles ont moins de chances que les garçons d’être scolarisées, et une fois mariées, utilisent rarement des moyens modernes de contraception.

Les écoles des maris sont une petite branche de l’initiative régionale Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (ou SWEDD), qui vise à améliorer le statut des femmes et des filles en améliorant leur santé, leurs perspectives d’éducation et leurs futures possibilités de gagner leur vie. L’objectif final est d’aider la région à atteindre ce que l’on appelle le « dividende démographique », qui correspond à un pic de développement et de croissance économique rendu possible par l’émancipation des jeunes générations, généralement à travers l’éducation, la planification familiale et autres investissements sociaux. 

« Les changements de comportement de la part des hommes ont eu des conséquences positives sur la communauté. Le défi du SWEDD est à présent de transformer ce changement de comportement en changement de norme sociale », explique Issa Sadou, qui est fonctionnaire en charge de l’égalité des genres et qui travaille pour l’UNFPA au Niger.


Les hommes apprennent à remettre en question les stéréotypes et à mettre fin à la violence. « Pour moi, ç’a été l’occasion de changer », explique M. Gnoumou.  © UNFPA/Ollivier Girard

Le projet SWEDD est financé par la Banque mondiale et mis en place par les gouvernements du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, grâce à un soutien technique de l’UNFPA.

En plus des écoles de maris, le projet propose des formations professionnelles pour les filles ainsi que des initiatives pour les aider à rester scolarisées et à défendre leur santé et leurs droits.

Raviver la flamme

Chaque semaine, l’école de maris de Mamboué rassemble une quinzaine d’hommes pour leur enseigner la planification et la vie familiales.

Deux personnes animent le projet et travaillent avec eux pour remettre en question les stéréotypes et les idées reçues, notamment la croyance selon laquelle les contraceptifs modernes rendraient stérile.

M. Gnoumou assiste régulièrement à ces ateliers, et déclare fièrement avoir beaucoup changé d’attitude.

« Je me disputais souvent avec ma femme, et parfois je la frappais », a-t-il récemment admis. « Quand on frappe quelqu’un, on sait que ce qu’on fait n’est pas bien ».

Martine raconte qu’aujourd’hui, il prend beaucoup plus part aux tâches ménagères qu’avant. Il s’occupe d’aller chercher de l’eau et du bois et assure également d’autres corvées domestiques. Il espère également que d’autres hommes suivront son exemple.



Plus de 1 640 écoles ont été créées dans les pays où le SWEDD est mis en
place. © UNFPA/Ollivier Girard

« Tout ce que nous apprenons, nous le partageons avec d’autres lorsque nous rentrons au village », raconte M. Gnoumou.

Il a voulu être présent pour la naissance de leur dernier enfant, ce qui était bien la première fois, observe Martine.

« Auparavant, il y avait beaucoup de tensions dans mon foyer », se remémore-t-elle. « Aujourd’hui, nous n’avons plus autant de problèmes. Depuis qu’il suit cette formation, nous avons ravivé la flamme. »

Aujourd’hui, plus de 1 640 écoles de maris ont été créées dans les pays où le SWEDD est mis en place.

Cet article a d’abord été publié sur worldbank.org.