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Comment les agences des Nations Unies en Afrique de l’Ouest et du Centre aident les gouvernements et la population à faire face à la pandémie de COVID-19

Par Mabingue Ngom,

Président a.i. R-UNSDG-AOC, & Directeur régional, Bureau régional de l'UNFPA pour l'Afrique de l'Ouest et et du Centre

 

L’augmentation constante du nombre de cas de COVID-19 en Afrique de l’Ouest et du Centre, une région déjà confrontée à des défis redoutables en matière de sécurité, de développement et d’aide humanitaire, suscite une inquiétude croissante. Toute réponse à cette crise nécessite une attention politique soutenue, un soutien technique et des partenariats innovants pour mobiliser les ressources nécessaires à l’intervention sanitaire immédiate et faire face à l’impact social et économique qui pourrait toucher encore plus de personnes.

Toutefois, la réponse à l’épidémie de COVID-19 ne doit pas être déployée au détriment des programmes et activités existants. La stabilisation des régions, sur les plans de la sécurité et de l’économie, doit rester une priorité si nous voulons éviter d’aboutir à une nouvelle urgence humanitaire.

Depuis que le premier cas a été signalé dans la région, le 29 février 2020, les agences des Nations Unies, sous l’égide du Groupe régional des Nations Unies pour le développement durable en Afrique de l’Ouest et du Centre (GNUDD-AOC), travaillent sans relâche avec les gouvernements pour faire en sorte que la région soit correctement préparée et apte à réagir pour contrer la maladie à coronavirus.

La vice-secrétaire générale des Nations Unies a publié cette semaine le document cadre qui oriente le soutien socio-économique urgent qu’apportent les Nations Unies aux pays et aux sociétés pour faire face au COVID-19. Ce cadre définit la manière dont les Nations Unies se concentrent sur les priorités suivantes :

  • Sauver des vies
  • Protéger les personnes
  • Reconstruire en mieux, parallèlement à la réponse sanitaire menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à la réponse humanitaire (notamment prévue dans le Plan mondial de réponse humanitaire au COVID-19 dirigé par les Nations Unies)

Le cadre de la réponse socio-économique comprend cinq axes de travail visant à protéger les besoins et les droits des personnes qui subissent les contraintes de la pandémie. Une attention particulière est accordée aux pays, aux groupes et aux personnes les plus vulnérables qui risquent d’être laissés pour compte.

  1. Veiller à ce que les services de santé essentiels soient toujours disponibles, et les protéger ;
  2. Aider les personnes à faire face à la situation, par le biais de protection sociale et d’accès aux services de base ;
  3. Protéger les emplois, soutenir les petites et moyennes entreprises ainsi que les travailleurs du secteur informel en adoptant des programmes de relance économiques ;
  4. Orienter l’impulsion nécessaire en matière de relance budgétaire et financière de manière à ce que les politiques macroéconomiques profitent aux plus vulnérables, et renforcer les interventions multilatérales et régionales ; et
  5. Promouvoir la cohésion sociale et investir dans des systèmes de résilience et de réaction dirigés par les communautés.

 

Protection et promotion des droits économiques, sociaux et culturels

Il est crucial de veiller à ce que les populations, partout dans le monde, continuent d’avoir accès aux services sociaux et à la protection sociale, et à ce que les personnes, quel que soit leur statut, soient incluses dans les plans nationaux de préparation et d’intervention. L’action des Nations Unies dans le domaine de la protection sociale et des services de base aidera les gouvernements à adapter, étendre et développer les services.

Droit à la santé

Il convient de se concentrer sur les groupes les plus vulnérables et marginalisés en assurant la continuité des services dans les milieux fragiles et en soutenant les efforts qui visent à combler les lacunes dans le suivi des populations vulnérables dans tous les pays ainsi que dans le contact avec ces populations.

Renforcement de la participation et de la protection au sein de l’espace civique

Si les États ont l’obligation d’éviter la propagation de la pandémie, cela ne doit pas être un prétexte à la discrimination, à la répression ou à la censure, notamment à l’encontre des femmes, des défenseurs des droits de l’homme ou des défenseurs de l’environnement. Pendant et après cette pandémie, les institutions publiques, la démocratie, le multilatéralisme, le dialogue social et l’État de droit seront mis à l’épreuve.

Approche fondée sur le genre

Il est particulièrement important de disposer de données ventilées par sexe pour concevoir des réponses socio-économiques efficaces et durables, étant donné le rôle que jouent les femmes en tant que travailleuses de première ligne dans le secteur de la santé, y compris parmi les prestataires de soins de santé et le personnel soignant, mais aussi en tant que dirigeantes de communautés et en tant que travailleuses dans l’économie informelle.

 

Quelles sont les implications de cette situation pour nous, en Afrique de l’Ouest et du Centre ?

Contrôle de la transmission, lutte contre la désinformation

Étant donné la vulnérabilité des systèmes de santé, l’insuffisance dans la production de médicaments et le manque d’équipements essentiels, tels que les ventilateurs, mais aussi la concurrence internationale que suscitent ces produits sur le marché mondial, il est essentiel de contrôler la transmission.

•          Tirant les leçons de l’expérience qu’a constitué la réponse à l’épidémie d’Ebola en 2014-2015, les agences des Nations Unies aident les gouvernements à agir rapidement pour localiser, dépister et mettre en quarantaine les patients potentiels, en travaillant activement avec les groupes communautaires pour diffuser des informations, écouter les personnes et intégrer les retours d’informations dans leurs stratégies. Certains pays ont d’ores et déjà entrepris un partage de connaissances et une collaboration sur les leçons à tirer en ce qui concerne la surveillance des maladies et la recherche des contacts afin d’interrompre la chaîne de transmission.

•          Les États devraient opter pour une surveillance renforcée de la maladie aux frontières plutôt que pour la fermeture des frontières, les incidences d’une telle stratégie pouvant être dévastatrices pour les populations mobiles et l’économie locale.

•          Pour contrer la dangereuse épidémie de désinformation, les agences des Nations Unies, les médias et les organisations de la société civile fournissent notamment via internet des informations scientifiques et vérifiées, permettant ainsi aux personnes d’accéder à des informations qu’elles percevront comme étant nécessaires pour se protéger elles-mêmes et protéger les autres.

 

Défendre la vie, la dignité et les moyens de subsistance des personnes 

•          Les Nations Unies sont particulièrement préoccupées par l’impact du COVID-19 sur les pays pauvres et sur leurs populations les plus vulnérables, telles que les migrants, les réfugiés et les personnes à faible revenu. On dénombre 1,3 million de réfugiés, 1,6 million d’apatrides, plus de 5,6 millions de personnes déplacées au sein de leur pays et des dizaines de milliers de migrants bloqués en Afrique de l’Ouest et du Centre qui ont besoin d’un soutien urgent.

•          Plus de 19 millions de personnes seront confrontées à l’insécurité alimentaire pendant la prochaine période de soudure (juin-août 2020) en Afrique de l’Ouest et du Centre. Si les gouvernements et la communauté internationale n’agissent pas pour remédier à la situation, ce nombre pourrait doubler d’ici la fin de l’année en raison de l’impact socio-économique des mesures prises pour limiter la propagation du COVID-19.

•          Les États doivent veiller à ce que les femmes, les enfants et les autres groupes vulnérables qui sont les plus exposés à la violence domestique (y compris la violence sexiste) aient accès à une protection adéquate. Les services de prévention et de lutte contre la violence à l’égard des femmes doivent être considérés comme un service essentiel.

•          Les Nations Unies appellent les familles et les dirigeants, à tous les niveaux, à protéger les enfants. L’impact socio-économique de la pandémie ainsi que les mesures visant à atténuer la propagation du nouveau coronavirus mettent en danger la vie des jeunes en compromettant des domaines clés, tels que l’éducation, l’alimentation, la sécurité et la santé.

•          Les mesures de confinement affectent encore davantage la capacité des enfants à accéder à des services d’eau/assainissement/hygiène, de nutrition, de santé, d’éducation et de protection adéquats, les agents humanitaires et les acteurs du développement étant confrontés à de plus grandes difficultés pour fournir une aide vitale. Plus de 128 millions d’enfants et de jeunes sont directement touchés par les fermetures d’écoles à l’échelle nationale en Afrique de l’Ouest et du Centre, en plus des 41 millions d’enfants non scolarisés âgés de 6 à 15 ans dont faisaient état les estimations avant l’épidémie de COVID-19. On estime qu’environ 11 millions d’enfants de moins de 5 ans souffriront de malnutrition aiguë au cours de l’année.

•          Les femmes sont représentées de manière disproportionnée dans les secteurs des services et dans le secteur informel, qui comptent parmi les plus touchés par les mesures visant à réduire la transmission du COVID-19. Les pays doivent veiller à ce que les mesures visant à stimuler l’économie, comme les transferts d’argent, les crédits et les prêts, tiennent particulièrement compte des femmes. Il convient d’élargir la portée des dispositifs de protection sociale. Les activités de soins non rémunérées doivent être reconnues et valorisées en tant que contributions vitales à l’économie.

•          La stigmatisation et la discrimination sont inacceptables en tous temps et en tous lieux, y compris dans le contexte de la pandémie actuelle. Les Nations Unies sont préoccupées par les rapports faisant état de stigmatisation et de discrimination à l’égard des migrants et des populations déplacées.  Nous devons faire tout notre possible pour éviter la montée du racisme et de la xénophobie.

Une reprise rapide

•          La reprise qui suivra la pandémie de COVID-19 offre la possibilité de stimuler la production locale et d’investir dans des infrastructures résistantes et des chaînes de valeur régionales intra-africaines.

Mobilisation des ressources et partenariats

Les partenariats et la mobilisation des ressources sont essentiels pour répondre à la pandémie de COVID-19 et à ses conséquences. Tout le monde a un rôle à jouer, des institutions financières internationales et des institutions multilatérales au secteur privé et aux fabricants locaux.

•          Il est crucial d’alléger la dette écrasante, et les Nations Unies continueront à plaider en faveur de l’allégement de la dette des pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

•          Conformément à son appel en faveur d’un ensemble de réponses globales représentant un pourcentage à deux chiffres du produit intérieur brut mondial, le secrétaire général des Nations Unies a demandé qu’au moins 200 milliards de dollars soient alloués à l’Afrique pour répondre aux besoins immédiats du continent et favoriser son redressement.

•          Le système des Nations Unies pour le développement dans la région reprogramme et réoriente actuellement les fonds pour répondre au besoin urgent d’acquérir des fournitures essentielles, mais aussi de maintenir la fonctionnalité et la capacité opérationnelle des gouvernements. Une part importante du portefeuille de programmes des Nations Unies en faveur du développement durable, qui s’élève actuellement à 17,8 milliards de dollars pour l’ensemble des objectifs de développement durable, est en cours d’ajustement et d’élargissement, l’objectif étant d’allouer des fonds à la lutte contre le COVID-19.

•          La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique travaille en étroite collaboration avec les États membres dans des domaines clés, en contribuant à l’élaboration de plans de préparation alimentaire et, avec les ministres africains des finances, en appelant la communauté internationale à concevoir un programme d’allégement de la dette.

  • Les agences des Nations Unies travaillent avec les gouvernements et leurs partenaires pour mettre en œuvre le Plan mondial de réponse humanitaire récemment lancé, qui représente 2 milliards de dollars. Les donateurs internationaux se sont engagés à fournir un quart (550 millions de dollars) de ce montant lors du lancement du plan, en mars 2020.
  • Les Nations Unies (Programme alimentaire mondial) sont en train de mettre en place la structure logistique des efforts mondiaux de lutte contre le COVID-19. Il s’agit notamment d’établir des plateformes de transport aérien dans le monde entier, dont une en Afrique de l’Ouest. Or, il est urgent de réunir un premier montant de 350 millions de dollars pour mettre en place ces plateformes dans le monde entier.
  • Les agences des Nations Unies et les travailleurs humanitaires demandent instamment aux gouvernements d’Afrique de l’Ouest et du Centre d’autoriser la mise en place de couloirs humanitaires qui permettraient aux travailleurs de la santé et aux travailleurs humanitaires de se déplacer, de venir en aide aux populations et de sauver des vies. L’incapacité de déployer correctement les services logistiques essentiels menacerait notre réponse à l’épidémie de COVID-19 dans les milieux les plus fragiles du monde.